Politiques et industriels nous promettent une révolution avec l’hydrogène. Que cache ce carburant en théorie non polluant ? Peut-il sauver le climat en nous permettant de rouler proprement ? Réponse dans La Bascule.
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Face à l’effondrement climatique, nous avons besoin de croire en des solutions miracles, qui pourraient nous éviter la catastrophe, sans pour autant nous forcer à changer nos modes de vie. Les responsables politiques et les industriels l’ont bien compris. Parmi ces espoirs auxquels ils nous accrochent, l’hydrogène figure en bonne place. Emmanuel Macron souhaite ainsi investir 9 milliards d’euros d’argent public pour que la France devienne le leader de « l’hydrogène décarboné ».
Au premier abord, ce gaz extrêmement volatile présente de nombreux atouts pour rendre nos transports plus verts. Une voiture équipée d’une pile à combustible à hydrogène peut rouler en ne dégageant que de l’eau. Ni particules fines, ni gaz polluants comme le CO2. L’hydrogène est un vecteur qui permet de faire tourner un moteur électrique sans émettre de gaz à effet de serre, tout en conservant la souplesse d’utilisation d’une voiture thermique. Contrairement à une voiture électrique à batterie, qui dispose d’une autonomie limitée et qu’il faut brancher régulièrement, en patientant le temps de la recharge, une voiture à hydrogène peut dépasser les 500 kilomètres d’autonomie et le plein se fait en quelques minutes, avec une pompe, comme pour une voiture à essence. Cela semble être la solution parfaite : pas de pollution, grande autonomie, plein rapide. À Paris, des taxis circulent déjà à l’hydrogène, vous les avez peut-être croisés : ils sont entièrement bleus avec des nuages dessinés sur la carrosserie. Plus écolo, tu meurs. Voilà pour la théorie.
Vous vous en doutez, la réalité est un peu moins rose (moins bleue, en l’occurrence). S’il est vrai que les voitures à hydrogène n’émettent que de l’eau quand elles roulent, pour comprendre l’impact réel de cette technologie, il faut se pencher sur la chaîne de production de l’hydrogène. Comment est-il fabriqué ? C’est là que les choses se gâtent. À l’heure où j’écris ces lignes, en France, 94% de l’hydrogène est produit avec des énergies fossiles, notamment avec du méthane. C’est le cas par exemple dans l’usine du géant Air Liquide située à Port-Jérôme-Sur-Seine, en Normandie. Pour faire simple, voici comment cela fonctionne : dans une sorte de four chauffé à 700 degrés, ils mettent du méthane et de la vapeur d’eau. Le méthane (CH4), c’est un atome de carbone pour quatre atomes d’hydrogène, et l’eau, on le sait, c’est H2O, hydrogène et oxygène. Pendant la réaction, les atomes d’hydrogène sont isolés et stockés. Le problème, c’est qu’il reste… du CO2, le principal gaz à effet de serre, qui est relâché dans l’atmosphère. Au niveau mondial, on estime que la production d’hydrogène rejette chaque année 1 milliard de tonnes de CO2, soit autant que le transport aérien. Ce n’est pas rien !
Résultat, selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), quand une voiture diesel rejette 212 grammes de CO2 par kilomètre parcouru, une voiture à hydrogène en rejette, elle, 216 grammes. Vous avez bien lu : aujourd’hui, si on prend en compte l’ensemble du cycle de vie, les voitures à hydrogène rejettent plus de gaz à effet de serre que les voitures diesel. Pour limiter la casse, Air Liquide explique avoir mis en place un système qui permet de récupérer environ un tiers du CO2 émis lors de la production de son hydrogène. Ce CO2 capté est ensuite revendu et réutilisé, par exemple pour faire les bulles dans les bouteilles de soda ou pour étourdir les cochons dans les abattoirs. Bref, il est, en bout de chaîne, également relâché dans l’atmosphère.
Les promoteurs de l’hydrogène reconnaissent que le modèle actuel ne fonctionne pas et promettent donc de passer rapidement à « l’hydrogène vert », c’est-à-dire à l’hydrogène fabriqué non plus avec des énergies fossiles, mais par électrolyse. Pour cela, il faut simplement de l’eau et de l’électricité. Ce procédé n’émet en effet aucun gaz à effet de serre. Problème réglé, alors ? Pas tout à fait… Car l’électrolyse demande énormément d’électricité. Si on voulait remplacer toutes les voitures thermiques des Français par des voitures à hydrogène vert, il nous faudrait environ 5 millions de tonnes d’hydrogène chaque année. Selon Julian Carrey, physicien à l’université de Toulouse, pour obtenir cette quantité par électrolyse, cela nécessiterait 300 Térawatt/heure d’électricité. C’est considérable.
Pour produire cette électricité, il faudrait construire 46 réacteurs nucléaires de 900 mégawatts, en plus des 56 réacteurs nucléaires actuellement en fonctionnement en France. Cela reviendrait donc à quasi doubler le parc de centrales. Si on compte en éoliennes, il faudrait en construire 30000 supplémentaires, alors qu’il n’y en a aujourd’hui que 8000 et qu’elles suscitent déjà d’énormes résistances dans la population. Et si on passait par l’énergie solaire ? C’est simple, nous devrions installer à peu près 6000 kilomètres carrés de panneaux photovoltaïques, c’est-à-dire recouvrir l’équivalent de la superficie du département de la Haute-Garonne. Tout simplement impossible, à moins de raser quantité de forêts et de terres agricoles.
Dans l’industrie lourde, l’hydrogène vert pourra permettre de rendre moins polluantes certaines usines, et son développement revêt un intérêt. Dans les transports, en revanche, il ne trouvera son utilité qu’à petite échelle, pour quelques usages bien spécifiques, comme le fret de marchandises sur de longues distances. Une chose est sûre : pour la voiture individuelle, ce n’est pas la solution. À choisir, mieux vaut développer les voitures électriques à batteries. C’est ce que nous explique Aurélien Bigo, un chercheur spécialisé dans l’automobile. Selon lui, au-delà de la question du CO2, une voiture qui roule à l’hydrogène consomme 2,3 fois plus d’électricité qu’une voiture électrique à batterie, pour parcourir une distance similaire. En effet, quand on utilise de l’électricité pour fabriquer de l’hydrogène vert, on constate une déperdition de 24% de l’énergie initiale. Et une fois que cet hydrogène est placé dans une voiture, il est transformé à nouveau en électricité pour faire tourner le moteur. Lors de cette deuxième étape, on perd 46% de l’énergie restante. À en croire Aurélien Bigo, plutôt que de passer par le vecteur hydrogène, il vaut mieux utiliser des voitures électriques à batterie en les branchant directement sur le réseau, c’est beaucoup plus efficace. Mais l’idéal reste bien sûr de réduire autant que possible l’utilisation des voitures individuelles, quelles qu’elles soient, car les voitures électriques à batterie ont également un gros impact sur l’environnement.
En allant interroger les sénateurs sur la disparition des oiseaux pour Vakita, nous ne nous attendions pas à filmer ça… Dans un couloir du Sénat, nous avons enregistré le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, lâcher l’air réjoui à une dirigeante de télévision : “T’as vu, j’ai dit du bien des pesticides !”. Nos images ont fait le tour des réseaux sociaux et provoqué une grosse polémique, à laquelle le ministre a répondu en assurant que sa phrase était “de l’ironie”. On peut en douter tant Marc Fesneau est un fervent soutien de l’industrie agrochimique et des agro-industriels. Récemment, il demandait à l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) de revenir sur sa décision d’interdire le S-Métolachlore, un herbicide pourtant responsable d’une contamination massive des nappes phréatiques. Il y a quelques semaines, il a carrément recruté dans son cabinet Sophie Ionascu, l’ancienne directrice de la communication de l’Ania, le lobby de l’agroalimentaire. L’année dernière, c’est la directrice de cabinet de ce même Marc Fesneau qui avait fait le mouvement dans l’autre sens, en rejoignant Phyteis, le lobby des pesticides. Au ministère de l’Agriculture, la frontière entre service de l’État et service des industriels n’a jamais été aussi fine…
Connaissez-vous l’horrible chasse à la glu qui, comme son nom l’indique, consiste à badigeonner des branches avec de la glu pour piéger les oiseaux qui viennent s’y poser ? Et la chasse à la tenderie, durant laquelle on installe des pièges pour étrangler des oiseaux avec un fil ? Bonne nouvelle : ces deux méthodes de chasse dites « traditionnelles », qui sont particulièrement cruelles, viennent d’être définitivement interdites par le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative de France. C’est une victoire historique pour les associations de protection de la nature, dont la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), qui se battent en justice contre les chasseurs depuis de longues années. Le Gouvernement, après des décennies d’inaction, avait suspendu en 2021 les autorisations pour ces méthodes de chasse, en attendant le jugement sur le fond du Conseil d’État. C’est désormais chose faite. On ne regrettera pas cette tradition sordide !
Et si Apple faisait tout pour rendre compliquée la réparation de ses iPhones ? C’est ce que pense l’association HOP (Halte à l’obsolescence programmée). Suite à sa plainte, la justice française a ouvert mardi une enquête contre le géant américain, qui est suspecté d’entraver la réparation de ses téléphones en dehors du réseau des réparateurs agréés par la marque. Concrètement, HOP reproche à Apple de lier les numéros de série des composants (écran, batterie…) à celui d’un iPhone, pour empêcher les réparateurs non agréés de faire les changements, ce qui permettrait à l’entreprise de garder la mainmise commerciale sur ses clients. Ce n’est pas la première fois que HOP s’en prend au groupe à la pomme. En février 2020, suite à une plainte de l’association qui estimait que certaines mises à jour dégradaient les performances des téléphones, Apple avait été condamné à 25 millions d’euros d’amende.
C’est le nombre d’oiseaux sauvages qui ont disparu en Europe depuis 1980, soit 20 millions par an. Ce chiffre vertigineux est issu d’une vaste étude publiée cette semaine dans la revue scientifique de référence PNAS. En 40 ans, les populations d’oiseaux en Europe se sont écroulées de 25%. Les espèces des milieux agricoles sont particulièrement touchées, avec une chute de 57% sur la même période. Certains oiseaux comme le moineau friquet ou le tarier des prés ont même perdu plus de 70% de leurs membres. Selon les auteurs de l’étude, l’agriculture intensive, qui utilise massivement pesticides et engrais, est la première cause de leur déclin. Ces produits chimiques provoquent la disparition des insectes, qui sont la ressource alimentaire des oiseaux. La destruction des haies, l’urbanisation, la pollution lumineuse et le changement climatique sont d’autres causes de la chute du nombre d’oiseaux.
Ces animaux, qui évoluent sur Terre depuis plus de 100 millions d’années d’évolution (en comparaison, notre espèce n’a « que » 300 000 ans), sont les seuls dinosaures à avoir survécu. Oui, les oiseaux sont des dinosaures, vous pouvez vérifier ! Il y a urgence à agir si on veut éviter qu’ils rejoignent leurs lointains ancêtres… Pour celles et ceux qui veulent aller plus loin, l’étude publiée dans PNAS est accessible ici en anglais.
S’il y a UNE expo à voir dans les prochaines semaines, c’est bien celle-là. La cité des sciences et de l’industrie de Paris vient d’inaugurer sa nouvelle exposition permanente intitulée « Urgence climatique ». Le titre n’est pas très accrocheur, mais je vous garantis que ça vaut le détour, avec ou sans enfants ! Sur plus de 2000 m2 et de manières ludiques, cette expo met en lumière les solutions concrètes qui existent pour lutter contre le changement climatique. C’est passionnant et on en ressort plus cultivés et plus motivés ! Vakita a la chance d’être partenaire de l’exposition, et nos abonnés bénéficient donc d’un tarif réduit. Pour en bénéficier, il vous suffit d’aller sur cite-sciences.fr, de cliquer sur « acheter un billet », de sélectionner le billet « tarif promotionnel » et d’entrer le code promo « VAKITACITE ». Infos pratiques et réservations par ici !
Dans votre jardin, vous observez plein d’oiseaux, mais vous ne parvenez pas à identifier les espèces ? Lors de vos balades en forêt, vous confondez chevreuils et biches ? Pas de panique, ce livre est fait pour vous. Dans « Reconnaître facilement les animaux » (Delachaux, 12,90 euros), le naturaliste Marc Giraud et la dessinatrice Florence Dellerie vous aident à identifier en un coup d’œil les espèces les plus communes que vous croisez au quotidien. Les dessins sont très clairs et les explications limpides. Des papillons aux grenouilles, en passant par les souris et les oiseaux, vous serez rapidement incollables. Mieux connaître les autres vivants, c’est la première étape pour mieux les protéger.
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Hugo
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